15/05/2012  Quatre priorités pour le développement économique

Alors que l’Europe sombre dans le marasme économique et atteint les taux de chômage les plus élevés de ces dernières décennies, les discours syndicalistes se font toujours entendre pour réclamer davantage de vacances, une diminution du temps de travail et une augmentation des prestations sociales. Et lors de fermetures d’usines ou de centres administratifs, de nombreuses voix de gauche s’insurgent contre les licenciements sur le même ton moralisateur qu’elles utilisaient pour critiquer, peu de temps auparavant, la venue de ces entreprises. La mémoire manque sans doute à bon nombre d’entre elles pour se souvenir qu’elles prônaient la décroissance il y a peu…

Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de considérer le développement économique comme une nécessité pour assurer la prospérité de notre société et de l’ensemble de ses membres. Un développement qui implique une croissance économique forte et durable, la création de nombreuses places de travail et l’augmentation du pouvoir d’achat à tous les niveaux. Pour ce faire, quatre priorités sont nécessaires.

 

Tout d’abord, il ne peut y avoir de développement économique sans infrastructures appropriées. Alors que la population est amenée à augmenter de façon importante en Suisse ces prochaines années – particulièrement dans l’arc lémanique – il est urgent d’adapter nos infrastructures à cette nouvelle réalité.

En matière de mobilité, des investissements sont nécessaires –  on peut notamment penser à la troisième voie CFF entre Lausanne et Genève ou à l’arrivée de nouveaux trains. Mais les transports publics ne suffiront pas, ni pour les déplacements personnels ni pour répondre aux besoins de logistique de l’économie. Ainsi, une augmentation de la capacité de certaines routes ou autoroutes (Lausanne-Genève ou l’agglomération zurichoise) est également inévitable. La croissance démographique impose également la construction de nombreux logements. Faute de s’y activer rapidement, la pénurie actuelle ne pourrait que s’aggraver et devenir plus dramatique encore.

Pour y faire face, une réforme de l’aménagement du territoire – dans le but de d’accepter davantage de zones constructibles – est nécessaire.

Enfin, l’ensemble des infrastructures doit également faire l’objet d’investissements : l’augmentation de la population nécessite davantage de lits d’hôpital, d’écoles ou de bibliothèques. En outre, tant l’économie que la population doivent pouvoir disposer d’un approvisionnement sûr en matière de besoin vitaux – l’énergie en particulier.

 

EPFL (KEYSTONE/Laurent Gillieron)

Le développement du potentiel de notre pays est aussi essentiel, en commençant naturellement par une ressource pourtant disponible en abondance pour peu que l’on s’en donne les moyens : le savoir. Ainsi, il est vital de miser sur une éducation de qualité, adaptée aux capacités et besoins de chacun. Il est temps de refuser l’élitisme visant à pousser la totalité des jeunes vers des diplômes, quitte à en abaisser les critères d’entrée ou d’attribution. L’ensemble de l’offre de formation doit être soutenu – apprentissages, écoles spécialisées, écoles polytechniques ou universités. Seule cette diversité peut permettre à chacun de développer au mieux ses capacités !

Il est aussi essentiel de ne pas oublier la recherche, à tous les niveaux, appliquée comme fondamentale. C’est en se donnant les moyens qu’on peut atteindre une innovation nécessaire à notre développement économique, mais également à nos besoins – en matière de santé, de mobilité ou d’énergie, par exemple.

 

Pour permettre ce développement économique, il est également nécessaire d’assurer une autonomie – des entreprises comme des individus – aussi large que possible. Ainsi, les dernières menées des syndicats et de la gauche (six semaines de vacances ou salaire minimum) sont particulièrement dangereuses. D’une part, elles mettent la charrue avant les bœufs, en exigeant des bénéfices directs d’abord, avant d’envisager les efforts nécessaires. Mais aussi – et même surtout – ces velléités imposeraient une grande rigidité supplémentaire, bloquant le libre-choix des employeurs ou des travailleurs et freinant l’évolution même des conditions de travail ou d’emploi. Sur ces deux plans, il est clair que les dernières poussées de la gauche (voire de l’extrême-gauche, notamment si l’on pense à l’initiative sur le revenu universel) seraient en mesure d’enrayer l’ensemble de l’économie, au détriment des entreprises comme des travailleurs !

Pour assurer davantage d’autonomie, il est également prioritaire d’alléger autant que faire se peut les procédures administratives et la bureaucratie ambiante. En matière de construction de logements ou d’infrastructures de transport, en matière de mise en application de la recherche scientifique ou en matière de droit du travail, la perte

de temps et le coût de ces processus longs et complexes se concrétisent souvent par des retards ou des abandons de projets, pénalisant l’ensemble de la population.

Finalement, la conception de la fiscalité doit également conserver en vue les conséquences des prélèvements obligatoires, en terme de pouvoir d’achat, de possibilités d’investissements ou en matière de rentabilité et d’emploi. La taxation doit assurer à l’État les moyens de sa politique. Pour autant, elle doit se faire en tenant compte des capacités contributives de chacun et du poids du fardeau qu’elle impose aux ménages ou aux entreprises. Ainsi, la charge fiscale doit être aussi raisonnable que possible, pour financer les missions essentielles ou utiles d’un État qui doit à tout moment garder à l’esprit que ses recettes viennent de l’effort et du travail.

 

Enfin, le quatrième élément essentiel à tout développement économique est la sécurité. Naturellement dans son sens le plus évident, il convient de protéger les individus comme les entreprises des éventuelles violations du droit en luttant contre la délinquance et la criminalité. À ce titre, la Suisse se retrouve à un tournant de son

histoire. Après avoir été réputée pendant si longtemps pour l’ordre qu’il y régnait – à tel point qu’une présence policière n’était pas toujours nécessaire grâce à la discipline de ses habitants – notre pays a vu, petit à petit, la situation se détériorer : augmentation des vols, des agressions, des déprédations, insécurité dans de nombreuses villes, etc. La liste est longue. À ce moment charnière, il est nécessaire que la Suisse réagisse, en augmentant la prévention, en renforçant les moyens à dispositions des forces de l’ordre et de la justice, et en adaptant le droit pénal en vigueur.

Mais la sécurité doit également être assurée dans de nombreux autres domaines. Celui des prestations sociales, par exemple, où il n’est pas satisfaisant de voir la situation financière de nos institutions se détériorer continuellement. Il faut, pour assurer la pérennité  et la prospérité, être en mesure de garantir le financement des engagements sociaux, aujourd’hui comme demain. Ainsi, des réformes – en matière de retraites, de prestations d’invalidité  ou de chômage par exemple – sont indispensables.

Par ailleurs, cette sécurité implique également une question de durabilité : il n’est plus question aujourd’hui d’ignorer l’environnement qui nous entoure et la planète sur laquelle nous vivons. Ainsi, le développement économique dont nous avons besoin doit également tenir compte des contraintes et limites écologiques, faute de quoi il ne sera plus tenable. Mais surtout, ce développement économique doit également se faire autour des technologies d’avenir permettant précisément à notre société de relever les défis environnementaux présents et futurs.

Cette sécurité doit aussi s’imposer à l’ensemble de notre État. Il est de notre responsabilité de garantir à l’avenir la même marge de manœuvre que celle qui est la notre aujourd’hui. Ainsi, une gestion responsable des finances publiques est essentielle. Nous ne pouvons pas nous permettre de céder aux tentations des dépenses déraisonnables et de l’endettement – particulièrement lorsqu’on observe les ravages qu’elles ont causés chez nos voisins.

 

Aujourd’hui, à l’heure de nombreuses incertitudes, notre développement économique est loin d’être garanti. C’est en se concentrant sur ces quatre priorités – adaptation des infrastructures, développement de notre potentiel, extension de l’autonomie et garantie de notre sécurité – que nous pouvons œuvre pour un développement économique et une prospérité au bénéfice de chacun !

 

Vincent Arlettaz, membre du comité JLRV

Cet article a été publié dans Actualité, Articles.

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