18/03/2012  Les Suisses, ces gens qui se refusent des vacances

Ce dimanche 11 mars, les citoyens suisses ont refusé à une écrasante majorité de s’accorder plus de vacances. Pour la 6e fois consécutive et à la grande surprises de ses voisins.

Cela fait presque la une des médias internationaux, et passe presque inaperçu en Suisse: ses citoyens ont, encore une fois, refusé de s’octroyer plus de vacance. Un résultat aussi éclatant qu’attendu (66.5% de non avec une participation de 45.1%). Mais aux réactions de nos voisins internationaux, on peut se demander si c’est normal de se refuser de meilleures conditions sociales, ou si nous ne serions atteints, comme en rigolait une de mes amies québécoise, du «syndrome du larbin» (1)?

En fait, ce résultat est tout à fait normal une fois que l’on comprend à la fois la mentalité helvétique et son architecture économique. La première se rapproche de «l’éthique protestante» développée par le sociologue Max Weber (2): le système de valeurs suisses, et de manière similaire aux cultures germaniques, valorise le travail et «l’ascétisme». Il n’est dès lors pas surprenant de refuser une proposition qui irait à l’encontre de nos valeurs profondes.

Ensuite, la structure économique de la Suisse est principalement composée de PME, souvent de moins de dix employés. Dans ces entreprises, employeurs et employés connaissent déjà les tensions, autour de la gestion des absences que de la survie des petites entreprises dans un marché toujours plus concurrentiel. Refuser ces vacances évite de mettre l’entreprise dans une situation cavalière, ce qui va autant à l’avantage des employeurs (préservation de l’entreprise) que des employés (préservation des places de travail et des salaires). Des collaborations dont le succès est également inscrit dans les CCT, affirmant cette Paix du travail qui nous fait honneur.

Cette analyse, bien que succincte, permet de démystifier ce résultat et enlever cet étonnement qui caractérise les étrangers qui nous observent. Il ne s’agit que d’un résultat fort au soutien d’un système économique libéral qui est adapté à la Suisse et à ces citoyens, fussent-ils employeurs ou employés.

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Fabrice Tedeschi, membre des JLRV & Frédéric Jollien, membre du Comité des JLRVs-Centre

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(1) Qui déclare que les travailleurs ont intériorisés les demandes des riches et s’en font les défenseurs, fut-il dans leur propre désintérêt.

(2) Max WEBER, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris: Flammarion, 2008 (1904).

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